Il y a une question que je me pose depuis plusieurs mois : quel est le rapport entre les études de genre et le mariage homosexuel ? Si ces études concernent effectivement le genre, elles peuvent plutôt se rapporter au transgenrisme et à la transsexualité, mais quel lien avec l'orientation sexuelle ? Je ne dis pas qu'elles ne l'abordent jamais, mais j'ai du mal à comprendre qu'il soit devenu si normal de les associer que Service Public (encore eux) ne trouve rien à redire à ce qu'une émission intitulée « La loi du genre : polémique autour des théories du genre » (sic) parle presque uniquement de l'homosexualité. Ici le présentateur et les deux psychanalystes pseudo-experts (tous des hommes) mélangent tout. G. Erner soutient que « la théorie du genre » (il commence par demander à S. Hefez de la définir en stipulant que « vous n'avez pas le droit de dire que ça n'existe pas ») tend à « remplacer le sexe par le genre ». Diantre. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Rien. On nous dit que « on ne naît pas homme ni femme mais on naît garçon ou fille », preuve que les intervenants n'ont pas bien (du tout) compris la différence entre sexe et genre. Pour M. Schneider cette « théorie du genre » révèle une « peur de la sexualité », une « résistance à la sexualité » et est même un « cache-sexe », et il conclut que « les études de genre viennent des Etats-Unis, pays extrêmement puritain » ce qui est apparemment la preuve ultime que le genre c'est vraiment un truc de coincé-e-s du cul et qu'être coincé-e du cul discrédite d'office tout ce que vous aurez à dire. Pour finir sur le genre Schneider nous explique qu'être transgenre est un déni de réalité et point c'est comme ça maintenant parlons des pd c'est ça qui nous intéresse.

Et voilà comment le drame arrive (d'accord, il est arrivé à la minute où a commencé cette émission mais je vous jure que ça peut être encore pire). Car on va aborder the sujet d'actualité qui passionne les Français-es (sisi) : le mariage pour tous. Et surtout d'ailleurs la parenté pour tous. Où Schneider (encore lui, et il est pas près de fermer sa gueule) affirme que les homosexuel-le-s « ont choisi un mode de sexualité qui exclut l'engendrement » et doivent assumer leur « fantasme de se passer de l'autre sexe ». Car en 2013, l'homosexualité est un choix et un fantasme (faudrait savoir) et on est lesbienne parce qu'on a « peur du sexe masculin ». Pas parce qu'on aime les femmes hein, mais on a tellement peur de la bite qu'on se sent obliger d'assouvir notre désir autrement (les mecs frustrés violent, les femmes deviennent lesbiennes, c'est dans l'ordre des choses). D'ailleurs d'après Schneider la revendication de la filiation pour tou-te-s vient uniquement des lesbiennes, pas des homosexuels : ils n'auraient donc pas peur du sexe féminin ? Ou c'est juste qu'un homme n'a de toute façon pas de désir de parenté ? Pour continuer dans les horreurs homophobes, le psychanalyste affirme qu'aujourd'hui « c'est tendance d'être gay-friendly » (imaginez : aujourd'hui c'est tendance de pas être raciste), et quand G. Erner lui demande en parlant du festival de Cannes et notamment du film L'inconnu du lac si ce n'est pas courageux de parler d'homosexualité dans le contexte actuel : « ce qui serait un acte de courage serait de montrer un couple hétérosexuel banal » (imaginez : ce qui serait un acte de courage serait de montrer un couple blanc banal).

Et comme il ne suffit pas à M. Schneider d'être homophobe, il décrète également que les lois de pénalisation des clients de la prostitution et contre le harcèlement sexuel « pénalise[nt] le désir en tant que tel ». Parce qu'aller aux putes ou mettre la main aux fesses d'une collègue c'est juste du désir, pas du passage à l'acte (on se demande au passage ce que ça a à voir avec les études de genre, je crois qu'à la base il voulait nous expliquer que les instigatrices de ces lois sont les mêmes qui défendent « la théorie », et que ça prouve bien une fois de plus que c'est rien que des coincées qui renient la sexualité).

Devant tant d'ignominie j'en oublierais presque que S. Hefez rattrape un peu le coup en ne disant pas que des conneries et en contredisant mollement Schneider, mais personne derrière le micro pour pousser le coup de gueule nécessaire. Et le pire dans tout ça c'est qu'à la lecture des commentaires on se rend compte que certains arrivent encore à trouver que France Inter fait de la propagande pro-LGBT...