Je vois souvent, parmi les jeunes adultes, des gens dire qu'ils ne sont pas vraiment adultes, qu'ils ne se sentent pas adultes, que les adultes c'est trop nul.

C'est un discours qui m'agace maintenant depuis un moment. En ce qui me concerne, j'aime dire et penser que je suis un-e adulte, mais ce n'est pas vraiment le propos finalement. Si ce discours m'agace, c'est parce qu'il a une portée politique que beaucoup de monde semble ignorer.

Tu as plus de 18 ans ? Félicitations, tu es un-e adulte ! C'est un fait et tu n'y peux rien. Et de par ce fait, tu es un-e privilégié-e. Parce que oui, reconnaître que nous sommes des adultes, c'est commencer à reconnaître l'oppression que nous exerçons sur les mineur-e-s. Etre un-e adulte, c'est pas dans la tête, c'est dans la quantité de liberté dont on dispose. Dire qu'on n'est pas vraiment adulte, c'est se mettre des oeillères, un peu comme quand on prétend ne pas voir la couleur de peau ou le genre des gens.

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En plus, il me semble utile et nécessaire de déconstruire notre vision de ce que signifie être un-e adulte. Etre un-e adulte, ce n'est pas forcément payer des impôts, avoir des enfants et dire bonjour aux agents de police. Je suis un-e adulte et je regarde des séries, je dors jusqu'à midi, je fais des coloriages, je me pinte la gueule en écoutant Beyoncé. D'ailleurs c'est en grande partie parce que je suis un-e adulte que je peux faire tout ça : personne n'a le droit de contrôler mes allées et venues, de me dire à quelle heure je dois me coucher, me lever, manger... Revendiquer que l'on est un-e adulte en faisant tout ça, c'est pour moi une façon de combattre et déconstruire les modèles toxiques qui nous sont inculqués. C'est aussi une façon de s'opposer à l'âgisme de nos aîné-e-s envers nous qui bien souvent voient dans nos comportements et nos opinions une passade de la jeunesse. Nous ne serions pas encore des adultes donc, juste des « adulescent-e-s ».

Honnêtement, je suis super ravi-e d'être un-e adulte, et je ne souhaiterais surtout pas retourner en arrière. Je ne vais pas réexpliquer ici ce qu'est l'âgisme, et comment on en souffre en tant que personne mineure, on trouve facilement des informations à ce sujet un peu partout sur internet, et ce n'est pas le problème que je voulais soulever ici. Je veux simplement rappeler que cette façon de dire que quand même, nous, on n'est pas vraiment adulte, parce que les adultes c'est nul, n'est pas si anodine que ça.

 

Planche issue de la BD Eloge de la névrose en 10 syndromes de Leslie Plée, que je vous recommande chaudement, et dont le chapitre "Le syndrome de l'adultisme" m'a pas mal inspiré-e :)