Refusing to be a man

refuser

Syllepse, 2013

 


Refuser d'être un homme
regroupe une série d'allocutions prononcées par John Stoltenberg 
dans les années 70 et 80 devant divers publics (universités notamment) et retravaillées pour former ce livre dont la première édition date de 1989 mais la traduction française seulement de 2013. John Stoltenberg est un proféministe radical opposé notamment à la pornographie. C'est cela qu'il appelle refuser d'être un homme : refuser d'appartenir à une classe qui en domine et oppresse un autre et se considérer seulement en tant qu'être humain et individu unique. Il explique que la masculinité est quelque chose de socialement construit et que le binarisme des genres est un outil pour justifier la domination d'une classe sur une autre, comme la distinction noirs/blancs avec laquelle il fait le parallèle. John Stoltenberg entreprend ici de déconstruire les rapports entre les deux classes et particulièrement les rapports sexuels.

 

Si l'approche du sujet peut parfois paraître un peu datée et américano-centrée, ce livre n'en reste pas moins très intéressant. On ne peut pas dire que les choses aient beaucoup évolué en trente ans, car John Stoltenberg s'intéresse à des aspects de la domination masculine qui restent peu traités même par les militantes féministes. On n'envisage que depuis récemment que la sexualité est un point fondamental et je dirais le point fondamental de l'oppression des femmes, d'ailleurs s'expriment aujourd'hui plus que jamais des féministes en faveur de la pornographie et de la prostitution (voir une note à venir sur King Kong Théorie de Virginie Despentes).

Il faut dire aussi qu'avec cet ouvrage je découvre un peu ce qu'on appelle le féminisme radical et j'ai l'impression que cette expression qualifie surtout un féminisme qui ose s'attaquer aux représentations populaires du sexe. Beaucoup de féministes « mainstream » n'abordent pas le sujet ou prônent la libération sexuelle pour ne pas effrayer les gens en les interrogeant sur les pratiques qu'ils ont a priori le plus de mal à remettre en question, car elles sont considérées comme « naturelles » (sur l'idée de nature, lire ça). Sur internet je trouve de plus en plus d'articles qui remettent en question la pratique systématique du coït, voire sa pratique tout court (cf Crêpe Georgette). Il est évidemment très difficile de réfléchir à ce sujet. Cela dit Stoltenberg n'aborde pas la question et se cantonne à des aspects plus évidents de la violence sexuelle, à savoir la pornographie, la prostitution et le viol, et le lien qui peut exister entre ces trois phénomènes. Pour ma part j'ai du mal à me positionner là-dessus, mais j'y reviendrai en parlant de King Kong Théorie.

Ce qui est très intéressant c'est aussi que John Stoltenberg est un homme qui ne nous dit pas ce qu'il faut faire pour être de bonnes féministes, mais qui s'adresse plutôt aux autres hommes en admettant faire partie de la classe oppresseuse et n'être aucunement une victime.

 

A lire : la préface de Christine Delphy